Le statu quo ne suffira pas à Rio+20

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Oxfam et de nombreuses organisations internationales humanitaires, environnementales, de développement, de justice sociale et de travailleurs craignent que la conférence des Nations Unies sur le développement durable (Rio+20) n’apporte pas la moindre avancée.

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« Vous pouvez entamer la mise en œuvre d’un développement durable aujourd’hui ou faire face à la colère et à désillusion de millions de citoyens dans les années et les générations à venir. » Rubens Born, Forum d’ONG brésiliennes et de mouvements sociaux pour l’environnement et le développement.

De nombreuses organisations internationales humanitaires, environnementales, de développement, de justice sociale et de travailleurs craignent que la conférence des Nations Unies sur le développement durable (Rio+20) n’apporte pas la moindre avancée. Ces groupes issus de la société civile dont Oxfam fait partie dénoncent également le fait que trop de gouvernement utilisent ou cautionnent les discours minimisant l’importance des droits humains ou de principes tels l’équité, la précaution ou celui du « pollueur-payeur ».

De nouvelles réponses pour un monde plus sûr

Cet avertissement fait par Development Alternatives, Greenpeace, le Forum d’ONG brésiliennes et de mouvements sociaux pour l’environnement et le développement (FBOMS), la Confédération Syndicale Internationale (CSI), Oxfam et Vitae Civilis survient après deux semaines de négociations entre les gouvernements sur les défis de la conférence, à 50 jours du sommet de Rio de Janeiro, qui a lieu du 20 au 22 juin.
La conférence marque le 20e anniversaire du sommet de la Terre de Rio en 1992, lors duquel ont été conclus des traités internationaux pour enrayer le changement climatique et conserver la biodiversité. Rio+20 est censé apporter de nouvelles réponses pour assurer un monde plus sûr, plus équitable, plus propre, plus vert et plus prospère pour tous.

« Après quatre mois de discussions autour du « zéro draft » (document de base censé servir de point de départ au Sommet de Rio), les pourparlers sont au point mort… Rien ou presque n’a émergé pour rencontrer les besoins que les gouvernements avaient pourtant déjà identifiés 20 ans plus tôt au Sommet de la Terre », déplore Brigitte Gloire, responsable Oxfam-Solidarité du plaidoyer Développement durable.

« Le Sommet de la Terre en 1992 a constitué un moment-clé censé rassembler les efforts en matière de développement et d’environnement.  Relever le défi lancé à l’époque – apporter la prospérité à tous sans dépasser les limites environnementales- est désormais encore plus urgent aujourd’hui.  Notre modèle de développement est IN-SOUTENABLE ! Nous avons dépassé la biocapacité terrestre de 50% mais rappelons-le : Ce ne sont pas les pauvres qui font pression sur la planète. Les 7 % les plus riches émettent plus de la moitié des gaz à effet de serre alors que les 50% les plus pauvres n’en émettent que 7%! Et les mêmes déséquilibres se retrouvent au niveau de la consommation d’eau et d’autres ressources naturelles. C’est donc principalement chez nous qu’il faut modifier nos modes de consommation », nous rappelle Brigitte Gloire.

Un changement qui s'impose

Une nouvelle approche du développement économique est nécessaire selon les groupes issus de la société civile. La crise économique, les inégalités croissantes, le système alimentaire défaillant, le changement climatique ainsi que l’épuisement des ressources naturelles l’imposent. Pourtant, le texte sur lequel se baseront les négociations ne proposent que le statut quo.

Ensemble avec les travailleurs, les citoyens, les producteurs et les consommateurs partout dans le monde, ces organisations œuvrent en vue du bien-être, de l’égalité économique et d’une prospérité permettant de restaurer l’environnement naturel dont nous dépendons tous.

« Nous avons entendu les voix citoyennes qui, partout, s’élèvent pour exiger  un avenir meilleur. Des millions de personnes revendiquent leurs droits et attendent dès aujourd’hui des solutions justes et écologiques à la pauvreté et à la souffrance. Le message est clair : il est temps de changer de cap et de donner la priorité à l’avenir de la population et de la planète », a déclaré Alison Tate de la CSI.

10 mesures qui doivent devenir réalité

Pour clarifier les objectifs vers lesquels les gouvernements doivent tendre à Rio +20, ces groupes issus de la société civile ont établi un programme en 10 points pour une transformation globale urgente visant à assurer un développement durable. Ils demandent conjointement aux gouvernements de :

1- Convenir d’un ensemble d’objectifs ambitieux à l’échelle mondiale pour le développement durable. Ces objectifs doivent viser l’éradication de la pauvreté, la réduction des inégalités, l’effectivité de la justice et le respect des droits de l’Homme, ceci en tenant compte des limites des ressources naturelles de la Terre.

2- Fournir des ressources nouvelles et additionnelles pour le développement durable, y compris les sources novatrices de financement public, comme les taxes sur les transactions financières pour lutter contre la pauvreté et le changement climatique. Mais également engager des réformes budgétaires de grande envergure, y compris en réorientant l’argent des subventions nuisibles vers une pêche durable, l’accès aux énergies renouvelables et l’agriculture paysanne.

3- Adopter des réformes du système de gouvernance mondiale afin d’assurer des institutions solides dotées d’un réel pouvoir au niveau de l’application des règles et engagements internationaux sur l’environnement et le développement. Lancer des négociations sur un traité mondial visant à garantir le droit d’accès à l’information, à une plus grande participation citoyenne, à la justice, en vue de renforcer la responsabilisation et le contrôle citoyens sur l’efficacité des politiques environnementales et de développement aux niveaux national, régional et mondial.

4- S’engager à investir une part du produit intérieur brut dans des emplois verts et décents et dans des moyens de subsistance durables, qui permettent d’assurer l’équité sociale, l’égalité des sexes, les droits syndicaux, la démocratie, et une transition juste pour les économies actuelles.

5- Mettre en place un socle de protection sociale universel pour garantir les droits humains et soutenir un niveau de vie décent partout dans le monde, notamment en allouant des ressources pour l’établissement d’un niveau de protection sociale adéquat dans les pays les moins développés.

6- Convenir d’un plan pour s’orienter rapidement vers des modes durables de production et de consommation, y compris en investissant plus dans les petites et moyennes entreprises, les coopératives de producteurs, et les secteurs informels, ainsi que dans les politiques de passation des marchés publics et des incitations pour les produits et services équitables et verts.

7- Convenir d’un cadre global de règles visant à renforcer le rapportage des entreprises sur les impacts sociaux et environnementaux partout dans le monde, en conformité avec les Principes de Rio, la Déclaration universelle des droits de l’homme, en y incluant la gamme complète des impacts associés aux activités de l’entreprise.

8- Amorcer un virage radical vers une alimentation adéquate, nutritive et saine pour tous, y compris via des politiques et investissements qui soutiennent les petites exploitations agricoles, les femmes productrices, et assurent l’accès à l’eau, à la terre, aux sols, à la biodiversité et autres ressources dont dépend notre sécurité alimentaire. Et ce, tout en protégeant ces différentes ressources.

9- Adopter des mesures décisives pour récupérer des océans sains, productifs et durables; lancer un nouvel accord visant la protection de toute forme de vie en haute mer, ceci en vertu de la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer. Mettre également fin à la surexploitation des ressources marines et garantir moyens de subsistance durables à partir de ces ressources, ce qui passe par une vie marine abondante pour l’avenir.

10- Proposer des solutions énergétiques durables et équitables qui placent les personnes pauvres au centre des préoccupations et contribuer à réduire les émissions de gaz à effet de serre, ce qui implique un nouveau soutien financier et technique aux pays en développement. Un soutien qui se focalise sur la mise en place des services énergétiques nécessaires pour permettre aux gens de sortir de la pauvreté.

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